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Performance
Seriously all the world 's futures?


Seriously all the world 's futures

Le 9 mai 2015 s'ouvrait la 56e Exposition internationale d'art contemporain de la Biennale de Venise. Baptisée "All the world's futures", la manifestation s'était donné pour mission "d'analyser comment les tensions du monde extérieur sollicitent les sensibilités, les énergies vitales et expressives des artistes, leurs désirs et leurs mouvements de l'âme." On nous promettait donc une biennale engagée, et au coeur de l actualité.  
Invitée pour l'occasion, l'artiste Sarah Trouche,  a décidé de réaliser une performance "coup de gueule" qu'elle intitule " Seriously all the world's futures ?" Après avoir revêtu tous les vêtements qu'elle avait emportés dans sa valise, Sarah Trouche s'est jetée en pleine mer face a San Michele, l'île-cimetière de la ville de Venise.
A l'image des migrants qui emportent avec eux le peu qu'ils possèdent, les vêtements lestés par la mer rappellent aussi le poids de l'existence de tant d'hommes, de femmes et d'enfants forcés de quitter leur pays pour survivre. Pendant près de deux heures, accrochée à des bouées, Sarah Trouche nage à contre courant pour fuir l'île des morts, aussi métaphore d'isolement et de réclusion.
Dans la Méditerranée - aussi surnommée "la route la plus mortelle du monde" - la performeuse s'est longuement débattue . Elle nous rappelle que d'innombrables inconnus sont morts dans ces eaux, et qu'ils ne doivent surtout pas sombrer dans l'oubli. A travers cette action Sarah Trouche a voulu observer l'attitude des gens qui ont croisé son "naufrage". Allaient-ils lui tendre la main, ou détourner le regard?
A sa manière et dans la lignée des performances de Chris Burden, artiste américain qui aimait provoquer les esprits pour susciter leurs plus vives réactions , Sarah Trouche nous invite à réfléchir sur le rôle qu'il nous faut jouer dans ce drame .

Sophie Laurenceau