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RESILIENCE 

"L'impératrice Joséphine, épouse de Napoléon 1er, est née en Martinique en 1763. Si ce personnage est devenu symbole de fierté pour les Békés (la descendance des colonies européennes), elle reste néanmoins sujette à controverse. L'histoire lui prête parfois le rôle de celle qui demanda à Napoléon 1er le rétablissement de l'esclavage dans les colonies françaises. La statue de Joséphine, créée en 1859 par Gabriel Vital-Dubray, fut d'abord accueillie à bras ouverts.

Mais Joséphine, symbole du rétablissement de l'esclavage pour certains, fait l'objet de véritables controverses à partir des années 60, lors d'une période de crise sociale et de résurgence d'un mouvement indépendantiste.

La statue est alors déplacée en 1974 afin d'être rendue moins visible. Elle sera décapitée en 1991 par des contestataires et laissée en l'état depuis. Les débats sur le sort à lui réserver sont restés figés également.

En 2012, Sarah s'est peinte de brun et a fouetté la statue à l'aide d'un fouet traditionnel durant une vingtaine de minutes, ce afin de raviver le débat et d'interroger sur le sort réellement souhaité pour cette statue symbole d'un lourd passé."

Edition Paablo

"Lorsqu'elle arrive en Martinique, Sarah Trouche souhaite interroger la notion de résilience. Elle réalise trois performances envisagées comme trois axes pour aborder l'histoire esclavagiste et coloniale de l'île, ainsi que son empreinte toujours prégnante sur la société antillaise. A travers la figure de l'impératrice Joséphine, elle soulève différentes problématiques : l'interprétation historique, le souvenir traumatique et les rapports raciaux (entre les békés, les noirs et les métis). En fouettant la statue décapitée de Joséphine, l'artiste s'attaque à un personnage aussi respecté que détesté. Parce qu'elle incarne le colonialisme et la réinstallation de l'esclavage sur l'île, Joséphine est rejetée par une partie de la population. Métaphoriquement, Sarah Trouche la somme violemment de dire la vérité. Elle poursuit ensuite ses recherches sur Joséphine et se rend dans la commune des Trois Ilets, où est née l'Impératrice. Elle y découvre un séchoir traditionnel, où travaillaient autrefois les femmes. Sur place, elle réalise une seconde action en réactivant le travail et la mémoire de ces femmes oubliées. Au fil de ses rencontres et de ses déplacements, elle se heurte à la mangrove, une forêt littorale inhospitalière. Elle choisit de l'affronter en la pénétrant sur une barque.

Elle produit une dernière action, où, au fil de l'eau, elle fait rouler un bambou sur son visage, dans son cou et sur sa poitrine. Sa peau est recouverte de peinture blanche, le bois est lui recouvert de peinture brune. Au fur et à mesure du passage plus ou moins violent du bambou, sa peau s'obscurcit, elle se métisse. L'expérience physique de l'artiste fait ainsi écho aux écrits de Boris Cyrulnik : "L'humain ne peut vivre et se développer que un autre met son empreinte sur lui.""

Julie Crenn

Action in the mangrove

Martinique, 2012